POURQUOI HONORONS-NOUS LES MORTS ALORS QUE NOUS OUBLIONS PARFOIS LES VIVANTS ?
Réflexion philosophique, spirituelle et humaniste à l'occasion du 1er novembre Par Frère Robert Négo
Frère Robert Nego
11/1/20265 min read


Il existe dans la vie humaine un paradoxe qui mérite toute notre attention : nous savons organiser de grandes cérémonies pour honorer ceux qui nous ont quittés, déposer des fleurs sur leurs tombes, prononcer des discours émouvants en leur mémoire et exprimer publiquement notre affection après leur disparition. Pourtant, combien de fois oublions-nous de témoigner notre amour à ceux qui sont encore parmi nous ?
Pourquoi attendons-nous parfois la mort d'une personne pour reconnaître sa valeur ?
Pourquoi faut-il qu'un être cher disparaisse pour que nous réalisions combien sa présence était précieuse ?
Le 1er novembre, journée de la Toussaint dans la tradition catholique, nous offre une occasion de réfléchir à cette contradiction humaine. Au-delà des pratiques religieuses, cette journée peut devenir un moment de méditation sur la vie, la mort, le souvenir et surtout notre manière de traiter les vivants.
Nous honorons les morts, mais savons-nous aimer les vivants ?
La mort transforme parfois notre regard sur les personnes.
Celui que nous critiquions devient soudainement quelqu'un de bien. Celui que nous ignorions devient une personne irremplaçable. Celui à qui nous n'avons jamais pris le temps de téléphoner devient l'objet de nos plus profonds regrets.
Nous découvrons souvent la valeur d'une présence lorsque celle-ci devient une absence définitive.
Combien de parents attendent un appel qui ne vient jamais ? Combien de personnes âgées vivent dans la solitude ? Combien de malades espèrent une visite ? Combien d'hommes et de femmes souffrent en silence, simplement parce que personne ne prend le temps de leur demander comment ils vont ?
Il est triste de constater que nous savons parfois exprimer notre amour avec des fleurs sur une tombe, mais que nous oublions d'offrir une simple fleur à une personne qui pourrait encore en apprécier le parfum.
La mort nous rappelle la fragilité de l'existence
L'être humain vit souvent comme si le temps lui appartenait.
Nous reportons les réconciliations, les visites, les pardons et les paroles d'affection. Nous pensons que demain sera toujours disponible.
Pourtant, la vie est fragile. Personne ne possède la garantie du lendemain.
Le livre de l'Ecclésiaste nous rappelle :
« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux. » (Ecclésiaste 3:1, Louis Segond).
Il existe un temps pour travailler, un temps pour construire, un temps pour aimer et un temps pour se souvenir.
Mais il existe aussi une vérité que nous devons apprendre : le temps de montrer notre amour, c'est maintenant.
La mort nous enseigne parfois trop tard ce que la vie aurait voulu nous apprendre plus tôt.
Pourquoi attendons-nous parfois la disparition pour reconnaître la valeur d'une personne ?
Notre société accorde souvent davantage d'importance à la réussite, à l'argent, au statut social et à la reconnaissance publique qu'aux relations humaines.
Nous félicitons les personnes lorsqu'elles deviennent célèbres, mais nous oublions parfois celles qui ont consacré leur existence à leur famille, à leurs proches et à leur communauté.
Nous savons célébrer les grandes personnalités après leur mort, mais savons-nous écouter les personnes ordinaires pendant leur vie ?
Un père mérite-t-il d'être honoré uniquement après son décès ? Une mère doit-elle attendre sa disparition pour recevoir la reconnaissance de ses enfants ? Un ami doit-il mourir pour que nous nous souvenions de sa fidélité ?
La reconnaissance ne devrait pas être un hommage posthume. Elle devrait être une attitude quotidienne.
La Bible nous enseigne à aimer pendant que nous sommes vivants
La foi chrétienne ne nous invite pas seulement à nous souvenir des morts. Elle nous appelle surtout à aimer notre prochain.
Jésus déclare :
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Matthieu 22:39, Louis Segond).
Cette parole ne concerne pas uniquement les personnes que nous avons perdues. Elle concerne celles que nous rencontrons chaque jour.
Aimer son prochain, c'est prendre le temps de l'écouter, respecter sa dignité, soutenir celui qui traverse une épreuve, pardonner lorsque cela est possible et manifester de la compassion.
Dans 1 Jean 3:18, nous lisons :
« N'aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité. »
Voilà peut-être l'un des enseignements les plus importants de cette réflexion : l'amour véritable ne doit pas rester un discours. Il doit devenir une réalité vécue.
Se souvenir des morts, c'est aussi apprendre à mieux vivre
Il ne s'agit pas de diminuer l'importance du souvenir des personnes disparues.
Honorer les morts est une expression de respect, de fidélité et de reconnaissance. Le souvenir de ceux qui nous ont précédés fait partie de notre histoire personnelle et collective.
Mais leur mémoire devrait également nous inspirer dans notre manière de vivre.
Si un père nous a appris le courage, continuons à pratiquer le courage.
Si une mère nous a transmis l'amour, faisons vivre cet amour.
Si un ami nous a enseigné la fidélité, soyons fidèles à notre tour.
Le meilleur hommage que nous puissions parfois rendre à ceux qui nous ont quittés consiste à faire vivre les valeurs qu'ils nous ont transmises.
Et si nous changions notre manière de vivre ?
Imaginez un monde dans lequel nous prendrions davantage le temps de nous réconcilier avant qu'il ne soit trop tard.
Un monde dans lequel les parents seraient honorés de leur vivant, les personnes âgées entourées, les malades visités, les pauvres soutenus et les personnes seules considérées.
Imaginez des familles dans lesquelles les mots « je t'aime », « merci » et « pardonne-moi » seraient prononcés sans attendre une cérémonie funéraire.
Ce monde ne serait pas parfait, mais il serait certainement plus humain.
La mort est une réalité que nous ne pouvons pas supprimer. En revanche, nous pouvons choisir la manière dont nous vivons ensemble.
Nous ne pouvons pas toujours empêcher les séparations, mais nous pouvons éviter certaines indifférences.
Nous ne pouvons pas prolonger indéfiniment la vie, mais nous pouvons donner davantage de valeur aux jours que nous partageons.
Conclusion : honorons les morts, mais n'oublions pas les vivants
À l'occasion du 1er novembre, souvenons-nous de ceux qui nous ont quittés. Respectons leur mémoire, honorons leur histoire et gardons précieusement les souvenirs qu'ils nous ont laissés.
Mais n'oublions pas ceux qui sont encore là.
N'attendons pas un enterrement pour prononcer des paroles de reconnaissance. N'attendons pas une tombe pour déposer symboliquement des fleurs. N'attendons pas une disparition pour comprendre la valeur d'une présence.
La plus belle manière d'honorer la vie de ceux qui nous ont quittés est peut-être d'apprendre à mieux aimer ceux qui sont encore vivants.
Car les fleurs déposées sur les tombes témoignent de notre souvenir, mais les gestes d'amour offerts aux vivants témoignent de notre humanité.
Une dernière question à méditer
Si vous aviez aujourd'hui la possibilité de dire quelque chose à une personne que vous aimez, mais à qui vous ne consacrez pas suffisamment de temps, qu'attendriez-vous pour le faire ?
Frère Robert Négo
Écrivain – Théologien – Penseur humaniste
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